On a tous en tête cette image du propriétaire ou de l'agent immobilier qui entre dans l'appartement, fait trois fois le tour de la pièce en griffonnant "bon état" sur un coin de table et repart en trente secondes chrono, les clés déjà dans la poche du locataire. À ce moment-là, tout le monde sourit. Le locataire a ses nouveaux murs, le bailleur a son loyer qui tombe. C'est parfait.
Puis vient le jour de la sortie, deux ans plus tard. Et là, c'est parfois litigieux.
La petite auréole sous l'évier que personne n'avait vue ? Elle est devenue une forêt de champignons qui a grignoté tout le caisson de cuisine. Le joint de silicone qui faisait "un peu la tête" ? Il a laissé l'eau s'infiltrer derrière la baignoire jusqu'au plafond du voisin du dessous. C’est là que le sourire s’efface et que le portefeuille commence à grincer.
Pendant mes années passées à travailler les matières, le marbre et la faïence, j'ai appris qu'un millimètre de décalage finit par fausser toute la structure. En immobilier, c'est pareil : l'anomalie que l'on choisit de ne pas voir à l'entrée est précisément celle qui viendra compliquer votre sortie. Un état des lieux, ce n'est pas une corvée administrative, c'est le premier acte de protection de votre patrimoine. C’est une photographie à l'instant T qui doit dire la vérité.
L'autre jour, je visitais un studio à Annemasse. Le propriétaire me dit : " le parquet est nickel, on vient de le poser." En m'approchant, j'ai vu que les lames commençaient déjà à tuiler près de la baie vitrée à cause d'un problème d'étanchéité du seuil. Si on n'avait pas noté ça à l'entrée, qui aurait payé la facture de remplacement dans trois ans ?
Faire appel à un regard extérieur, à quelqu'un qui a passé sa vie à observer comment le bois travaille, comment la chaux respire ou comment le calcaire attaque la robinetterie, ce n'est pas un luxe. C'est une assurance tranquillité. C’est transformer un moment potentiellement conflictuel en une base saine et indiscutable.
Alors, pour votre prochaine location, est-ce qu'on continue de griffonner dans le noir ou est-ce qu'on prend le temps de vraiment regarder ?
Katleen

